3 février 2014

[Article événement] Les rois sont morts ? Vive l'empereur !

Son Altesse impériale le Prince, entouré de Son Altesse impériale la princesse Caroline, sa soeur,
et de Son Altesse royale la princesse Béatrice de Bourbon-Siciles, sa mère.

La France est un pays fascinant. Pays européen le plus anciennement républicain (à l'exception des cas particuliers de la Suisse et de Saint-Marin), il n'en entretient pas moins, vis-à-vis de son Président, un rapport quasi-monarchique. Le peuple français est toujours le plus prompt à se passionner pour la vie des familles royales étrangères et il témoigne, dans sa majorité, d'une réelle admiration pour son Histoire monarchique, alors même qu'il est célèbre à travers toute la Terre pour avoir tranché la tête de son dernier roi absolu.

En 2007, un sondage BVA indiquait que 17% des français seraient potentiellement favorables au remplacement du Président de la République par un monarque. Le monarchisme aurait donc une force de frappe estimée à un cinquième de la population française. Et pourtant, le monarchisme agonise depuis de longues décennies ...

Pour nombre de nos concitoyens, la monarchie est un courant réactionnaire radical et anti-démocratique, assimilé à un brutal retour en arrière de plusieurs siècles.

Alors que de l'autre côté de la Manche, la monarchie britannique atteint un taux d'approbation record de 80%, ici, en France, le monarchisme apparaît comme le courant politique le plus marginal qui puisse être. Alors que des millions d'européens vivent en monarchie, le monarchisme peine à exister en France, autrement que de manière groupusculaire.

Aujourd'hui, en 2014, considérant cette situation catastrophique, il est temps de le dire, de le démontrer et d'en tirer des conclusions nécessaires pour la survie de l'idée monarchique : le royalisme français a échoué.

Le royalisme français est mort.

Tout d'abord, il s'agit de montrer le visage que la base royaliste renvoie au reste du monde. Je diviserais ce corps sociologique en trois groupes. Dans un premier temps, les modernes, que nous invitons à rallier la cause du Prince Napoléon, et auxquels je m'adresserai plus particulièrement à la fin de cet article. Ensuite viennent ceux que je qualifierais de fidèles, ceux qui suivent la ligne idéologique de leurs princes : nous parlerons d'eux en évoquant justement ces personnalités, essayant de démontrer qu'il s'agit moins d'un monarchisme que d'un simple courant d'un national-conservatisme étroitement lié au catholicisme traditionnel.

La base qui nous intéresse ici c'est celle de ces royalistes bruyants et enragés, écumant de rage et de colère contre la modernité post-1789, trop extrémistes pour espérer un jour les rallier à une solution moderne, laïque et démocratique.

On les espère marginaux au sein du royalisme mais il semblerait que la réalité ne soit pas en phase avec cet espoir. Peut-être leur tendance à vociférer et à pratiquer la politique sous sa forme la plus violente fait d'eux une minorité "sur-médiatisée". En tout cas, ils existent, et ils incarnent la tendance non négligeable d'un royalisme définitivement ultra-réactionnaire.

I. La base contre-révolutionnaire.


En réalité, à les étudier et à les écouter, le royalisme semble n'être qu'un point de programme (voire de détail) d'une idéologie qu'on définirait plus volontiers de catholicisme ultra-traditionnel. Leurs maîtres à penser ? Joseph de Maistre et Louis de Bonald, les théoriciens de la Contre-Révolution, ou, plus souvent, et "idéologiquement" plus humblement, Charles Maurras, le père du "nationalisme intégral".

Ces royalistes sont naturellement anti-révolutionnaires : ils rejettent l'héritage des Lumières et de la Révolution française, droits de l'Homme y compris (qualifiés par certains de "truc de fiottes"). Ils sont opposés à la démocratie et souhaitent le retour d'une monarchie autoritaire, où le monarque serait, selon le titre d'un célèbre article de Maurras, Dictateur et Roi. De cette opposition à la Révolution découle logiquement une haine viscérale de la République : pour eux, l'Ancien Régime était une période idéale, et depuis 1789 - 1792 la France est soumise au règne de je-ne-sais-quelle-puissance-démoniaque. Si les républicains les plus étroits d'esprits, les moins cultivés et les plus dogmatiques font naître de manière très idiote notre Nation en 1789, les monarchistes les plus obscurantistes n'hésitent pas à arrêter l'Histoire de France à cette même date, commettant dans le sens inverse cette grave erreur historique (mais aussi morale) qu'ils reprochent si durement à leurs ennemis.

Le terme d'ennemis n'est pas trop dur car ce qui les caractérise c'est aussi la violence et la haine, et cela malgré un attachement déclaré au catholicisme, et à son prophète, Jésus-Christ, dont le message était pourtant "Aimez-vous les uns les autres" (quel mot ne comprennent-ils donc pas dans cette phrase ?). Aucune haine ne leur est étrangère : homophobie vulgaire, islamophobie virulente, mais aussi "gauchistophobie" profonde. La Gauche et le Diable sont pour eux des entités voisines. Et pour certains d'entre eux, la Gauche commence à Jean-François Copé, voire Marine Le Pen ... Toutes les personnes entrant dans ces catégories haïes sont régulièrement traitées de mille noms que le respect de la plus humble élégance nous interdit de reproduire ici.

Une masse incroyable de personnes sont accusées de haute-trahison et de complot. De manière ahurissante, on entend dans leurs discours revenir l'idée fixe d'un complot judéo-maçonnique. Depuis quelques temps, après le débat sur le mariage gay, l'horizon d'un complot LGBT a aussi fait son chemin. Certains imaginent qu'une force occulte a pris le pouvoir en France et cherche à "empêcher les rapports normaux entre un homme et une femme."

Enfin, et bien évidemment, l'ultra-religiosité inonde ce courant royaliste. Ce n'est pas le peuple qui ramènera le Roi sur son trône mais l'intervention de l'Esprit Saint ou, plus souvent, de la Vierge Marie. Dieu interviendra dans l'Histoire pour châtier tous ceux qui continuent aujourd'hui à être complice du crime abominable que fut la Révolution. En 2014, ces gens ont la pensée politique des émigrés de Coblence de 1789.

Pour eux, la Monarchie c'est une France revenue toute entière dans le giron de l'Eglise catholique, une France purifiée des homosexuels, des musulmans, des francs-maçons, et parfois aussi des juifs. Une France où le Roi, inspirée par l'intercession de la Vierge Marie, règne et gouverne, sans être limité par ces institutions démocratiques aberrantes que la diabolique Révolution de 1789 a voulu nous léguer.

Leur rêve, c'est la France de Saint-Louis. Une réaction de huit siècles. Ces royalistes sont nos talibans. Sans doute minoritaires sans être négligeables dans la masse des royalistes français, ils sont une menace à dénoncer et à combattre, deux missions que ne remplissent que fort peu, à mon sens, les princes des Maisons royales de France.

II. Les erreurs princières.


Nous le répétons, la frange ultra-radicale que nous venons à l'instant de décrire n'est pas majoritaire au sein du royalisme français. Pour moi, le royalisme français peut, schématiquement, se scinder en trois groupes : les modernes, les fidèles et les réactionnaires. Sans, à nouveau, être majoritaire, la masse des fidèles représente le groupe central. Ils sont catholiques sans être traditionalistes, ils sont plutôt de Droite sans être sectaires et ils fondent dans la démocratie la restauration du trône. En somme, leur parole doit être respectée.

Mais derrière les discours modernes des princes, on a peu de peine à mettre à jour une idéologie conservatrice fondée principalement dans le catholicisme traditionnel. Ce qu'il y a de modéré dans ces discours, en réalité, c'est l'ampleur de la réaction conservatrice que ce royalisme appliqué offrirait à la France. Conservateur traditionnel, mais modéré, tel est le programme. Mais le point le plus saillant de ce problème est qu'en embrassant cette idéologie, les princes brisent leur devoir de neutralité, s'investissent en politique et se privent à jamais d'une authentique dimension réconciliatrice, seule dimension qui puisse rendre une institution monarchique légitime dans une démocratie moderne.

Et pourtant les royalistes passent la majeure partie de leur temps à se battre autour de la question de la légitimité, non celle de l'institution monarchique, dont ils parlent très peu au fond, mais celle de leur prétendant. Plutôt que d'adopter une véritable stature royale et de montrer dans leur quotidien qu'ils sont prêts, dès demain, à monter sur le trône, les princes s'écharpent autour de questions archaïques, invoquant des lois fondamentales ou un traité international, respectivement vieux de six et trois siècles. Tant de questions dont 99,99% des français de notre siècle se moquent éperdument, cela contribuant à éloigner encore davantage le royalisme de la réalité française actuelle.

Il m'appartient maintenant de prouver tout cela en m'appuyant avec rigueur sur les déclarations des princes eux-mêmes. Et pour cela regardons de près l'attitude des princes lors du débat français sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe en France. Une attitude partisane absolument étrangère à l'idéal monarchique.

Le duc d'Anjou ("Louis XX") a pris position sur le mariage gay, en janvier 2013, soutien réitéré en décembre suivant, soulignant au passage l'admiration qu'il avait pour le mouvement des Veilleurs. Prendre position et défendre ses convictions est le droit le plus strict de tout citoyen lambda. Mais un Roi n'est pas un citoyen lambda. Imagine-t-on Elizabeth II publier un manifeste pour condamner la loi britannique sur le mariage gay ? Aujourd'hui à un zénith de popularité, la monarchie s'effondrerait en quelques mois : le gouvernement serait forcé de se désolidariser du monarque, la gronde monterait rapidement dans le peuple, la popularité personnelle de la Reine s'effriterait et le républicanisme connaîtrait des lendemains qui chantent. Cette erreur d'un instant serait tellement grave que son souffle balayerait des siècles et des siècles d'Histoire.

Au contraire, plutôt que de prendre position et surtout de prendre parti, comme le duc d'Anjou a pu le faire, les monarques européens ont tous signés, et parfois de manière précoce par rapport à la France, les lois sur le mariage gay, sans même demander un droit de retrait comme avait pu le faire le roi Baudoin de Belgique lors de l'ouverture de l'IVG dans son pays. La liste est longue et elle rassemble des souverains plébiscités par leurs peuples. Une liste royale, violente accusatrice des erreurs de nos rois-prétendants : la Reine Béatrix en 2001, le Roi Albert II en 2003, le Roi Juan-Carlos en 2005, les Rois Harald V et Carl XVI Gustav en 2009, la Reine Margrethe II en 2012, la Reine Elizabeth II en 2014. Sept monarques européens ont, en pleine conscience de leurs devoirs, signés, sans émettre d'avis personnel, ces lois, votées démocratiquement par la Nation qu'ils ont l'honneur de présider.

Pendant ce temps, par deux fois, le duc de Vendôme, futur prétendant orléaniste, défilait comme un "citoyen lambda" dans les cortèges bigarrés et polémiques de la Manif' pour Tous. Imagine-t-on Philippe et Mathilde de Belgique, bras-dessus bras-dessous, défilant au milieu des belges opposés à cette loi ? Imagine-t-on la princesse Victoria de Suède promenant la poussette de la princesse Eugénie dans de tels défilés ? Imagine-t-on la Reine Elizabeth II au milieu d'une manifestation politique ?

La réponse est évidente : non. Mille fois non. Telle n'est pas la place d'un monarque. En se voulant "simple citoyen", le duc de Vendôme et le duc d'Anjou ont abdiqué de facto leurs droits moraux à prétendre au trône de France. Un Roi n'est pas un simple citoyen. Il doit s'élever au-dessus des partis.

Une vraie attitude royale aurait par exemple été, pour le duc de Vendôme, personnalité sympathique et respectable au demeurant, d'appeler à la réunion des français, à l'apaisement, à la tenue d'un vrai débat et à la fin des manifestations outrancières et simplificatrices (de la part des deux camps !).

Une vraie attitude royale aurait été de ne pas prendre parti, si ce n'est celui de la France, de ne pas prendre position, si ce n'est celle de la concorde démocratique.

Appeler les français à se respecter les uns les autres, à s'écouter, à débattre dans la paix, condamnant dans le même temps les dérives homophobes immondes qui ponctuèrent ces mois pathétiques : voilà une attitude royale et, au passage, d'ailleurs, très chrétienne.

Mais le duc de Vendôme n'est pas le prétendant orléaniste actuel. Qu'en était-il du comte de Paris ("Henri VII"), son père ? Laissons lui la parole.

"Au commencement, dans le Jardin d'Eden, Adam ne s'accouple pas à Adam, ni Eve à Eve ... Sinon nous ne serions pas là ! (...) Afin de maintenir la cohésion de la famille, cellule de base de la société, le Roi Saint-Louis fut contraint de combattre l'hérésie cathare qui préconisait chez les Parfaits le célibat et le refus de la procréation."

Ces mots, datés d'octobre 2012, parlent d'eux-mêmes. Imagine-t-on Felipe VI condamner ainsi un projet de loi de son gouvernement en faisant référence au créationnisme puis à la lutte contre l'hérésie ? Ce sont là paroles d'archevêque, non paroles de Roi.

Redonnons-lui la parole, mais cette fois au sujet de la question brûlante de l'Islam (paroles de décembre 2012).

"La France a besoin d'un pouvoir fort et lisible, qui ait une stratégie à long terme, pour mettre de l'ordre dans la maison, sinon il faut s'attendre à avoir un jour un Califat à Poitiers."

Un califat islamique à Poitiers ... Propos que même les responsables de l'extrême-droite la plus outrancière n'oseraient pas. Vision simplificatrice et insultante du peuple musulman. Aujourd'hui qu'un voit les ravages du califat islamique d'Al-Bagdhadi en Irak et au Levant, comment ne peut-on pas être profondément choqué par ces paroles empoisonnées ?

Si je conserve au duc de Vendôme, et globalement à la famille d'Orléans, mon respect, je dois reconnaître que le comte de Paris ne cesse quant à lui d'accumuler contre lui des raisons de le considérer comme parfaitement discrédité.

Le mariage gay a ouvert une brèche. Les modernes, évidemment, se sont offusqués. Mais même les plus fidèles se sont réveillés et ont vigoureusement condamné cette rupture du devoir sacré de neutralité des princes et des rois au profit d'un soutien apporté à une cause partisane. Et pourtant, cette tendance n'est pas si récente : dans son livre-entretien, publié en 2009, aux éditions Pygmalion (Un prince français), le duc de Vendôme n'hésitait pas déjà à reconnaître qu'il avait été séduit par la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Libre de ses opinions, cette déclaration n'en demeure pas moins une lourde erreur de communication pour un prétendant. Imagine-t-on le duc de Cambridge soutenir David Cameron face à Ed Miliband aux élections législatives britanniques ? Un tel acte ruinerait sa popularité et condamnerait la monarchie britannique.

Nous avons beaucoup parlé des Orléans, alors revenons, pour clore, au duc d'Anjou. Récemment, lors des commémorations de la mort de Louis XVI, le 25 janvier 2014, il a prononcé un discours dans lequel il déclarait son soutien à la disparition du droit à l'avortement en Espagne, soulignée par lui comme un "changement législatif majeur". Toute personne a droit à son opinion personnelle mais, de nouveau, pas un prétendant au trône de France ! D'autant plus que cette opinion est ultra-minoritaire dans le peuple qu'il est sensé, par devoir, incarner.

Le projet de loi espagnol fait de nouveau de l'IVG un délit, sauf en cas de viol ou de menace physique ou psychique sur la vie de la mère (mais cela seulement après consultation des médecins, le libre-arbitre féminin étant donc totalement supprimé). 80% des espagnols eux-mêmes sont contre. En France, selon un sondage BVA pour I-Télé et le Parisien, 78% des français sont au contraire favorables à l'avancée récente du droit français à l'avortement et à la suppression de la notion de "détresse". Parmi les catholiques eux-mêmes, 73% sont favorables à cette évolution. Et même jusque chez les pratiquants réguliers (au minimum une messe par semaine), la question fait débat avec 55% défavorables, naturellement, mais, étonnamment, tout de même 45% favorables. Et, ainsi, alors que les français saluent cette avancée, le duc d'Anjou applaudit le recul espagnol, rejoignant le seul homme politique ayant déclaré son soutien à cette régression, Jean-Marie Le Pen. On ne peut mieux illustrer que par cet exemple l'image d'un prince à contre-courant de "son" peuple.

Plus récemment encore, un sondage BVA a montré que 90% des catholiques étaient favorables à l'IVG. Même chez les pratiquants réguliers, l'approbation atteint 63%. Fait encore plus remarquable, sur la question du mariage gay, si 51% des pratiquants occasionnels et 58% des catholiques non-pratiquants sont favorables à la loi Taubira, 37% des pratiquants hebdomadaires le sont également ! Dans le domaine ecclésiologique, les catholiques sont 87% à vouloir l'autorisation du mariage des prêtres et 84% l'ordination des femmes.Tant de chiffres qui dressent le portrait d'une réelle modernité catholique. Ainsi, même d'un hypothétique "parti catholique", les positions de ces princes ne sont nullement représentatif.

Comment ces princes partisans pourraient-ils alors prétendre incarner la Nation toute entière, rassemblée et réconciliée ? Comment pourraient-ils réussir se placer au-dessus des partis quand ils s'investissent eux-mêmes dans la politique politicienne, polémique et partisane ?

De la même façon que le comte de Chambord à l'aube de la IIIe République, les princes des Maisons royales de France d'aujourd'hui sont les rois d'une France qui n'existe déjà plus. Ils se déclarent modernes et tournés vers l'avenir mais leurs discours et leurs actions témoignent d'un ancrage dans une logique partisane, marginale et passéiste pour certains, d'une très mauvaise gestion de leur communication pour d'autres.

Quoi qu'ils disent, leurs actes étant plus forts que leurs paroles, ils se sont eux-mêmes disqualifiés, comme le comte de Chambord s'était lui-même disqualifié à l'aube d'une ère républicaine qu'il a porté, malgré lui, sur les fonds baptismaux de la Nation. Les erreurs des princes font toujours le jeu des institutions républicaines.

Imaginez, en 1873, le comte de Chambord avait une majorité parlementaire et un soutien populaire. Son incapacité à comprendre la réalité de la France moderne a fait échouer cette restauration. Pourquoi, aujourd'hui, en 2014, alors que le monarchisme n'est plus rien, des princes sensiblement plus conservateurs encore pour notre époque que le comte de Chambord ne le fut pour la sienne parviendraient-ils à restaurer la monarchie ? Certes, la loi d'exil a été abrogé en 1950, mais ils demeurent des exilés de l'intérieur, vivant à jamais dans une France révolue. Sans doute leur exil est-il encore plus profond que celui qui frappait le comte de Chambord. Telle est l'image qu'ils renvoient.

Comment peut-on imaginer qu'ils puissent reconstruire un trône aboli alors même que le comportement qui est le leur aujourd'hui aurait fait chuter ce trône s'ils y avaient été assis ?

Pour paraphraser Bertolt Brecht, pour que ces princes règnent un jour sur la France il faudra commencer par dissoudre le peuple français.

Ces princes peuvent, et avec beaucoup de succès j'imagine, s'investir dans la défense de notre patrimoine, dans la promotion de notre Histoire, ou dans la vie charitable, voire, peut-être plus confidentiellement, mais cela leur tient à coeur, dans la vie chrétienne. Mais accéder au trône, cela est une quête qu'ils ont eux-mêmes sabordée. Ils peuvent mener des combats, mais celui de la monarchie, ils ne peuvent y prétendre tant qu'ils demeurent sur cette ligne ambiguë. S'ils ne changent pas leur "stratégie", ils demeureront princes mais ne seront plus prétendants. Dans un mouvement à chaque instant plus irréversible.

Ils ont trop souvent brisé le devoir de réserve et ils sont trop éloignés de la France du XXIe siècle. Ce sont leurs choix et il faut les respecter, mais qu'ils comprennent alors qu'en se voulant princes engagés ils se sont désengagés de leurs qualités de prétendant au trône.

Il ne reste plus qu'un seul prétendant au trône crédible en France à l'heure actuelle : le Prince Napoléon. La solution portée par le bonapartisme dynastique est la seule qui puisse séduire des français désormais ancrés dans une société démocratique, républicaine et laïque. Le seul avenir possible pour le monarchisme français, c'est le bonapartisme.

III. L'espoir bonapartiste.


Notre Prince n'a jamais enfreint son devoir de neutralité. Dans une de ses rares prises de parole, dans le magazine Point de Vue, en novembre 2011, le Prince affirmait "avoir un devoir d'engagement et de dévouement au service de la France", souhaitant "être un prince proche des préoccupations générales des français, défendre une cause d'intérêt général, présenter des idées et les défendre, et contribuer à la promotion de notre patrimoine dans le monde." Des propos vagues, certes, mais neutres et empreints de bonne volonté. Nul soutien à un candidat ou à un parti, nulle prise de position partisane.

Dans la famille impériale, rompre le devoir de neutralité peut d'ailleurs même mener à la déchéance de ses fonctions : ainsi du prince Charles, le père du prétendant, encarté, républicain, trop engagé à Gauche et favorable à l'autonomisme corse. Dans son testament, son propre père, le prince Louis, le déshéritait au profit du prince Jean-Christophe. Depuis, le prince Charles lui-même a reconnu ne pas exercer le rôle de chef de famille. Il a fait ses choix personnels, que nous respectons tous, mais ceci le met en retrait de la famille impériale, à laquelle il appartient toujours formellement sans pouvoir plus jamais y exercer un rôle. Les choses sont claires, il n'y a pas de mélange des genres.

De surcroît, toujours dans le domaine dynastique, la famille impériale a l'avantage de ne pas connaître de querelle entre branches concurrentes. La grande querelle de la Maison impériale concernait le premier prince Napoléon (Plon-Plon) et son fils Victor et s'étendit de 1879 à 1891. La mort du premier entraîna la dissolution automatique de cette controverse. On a souvent parlé de "querelle dynastique" entre Charles et Jean-Christophe : est-ce seulement envisageable dans la mesure où Charles est anti-dynastique ? On serait plus inspiré d'évoquer à ce sujet une "querelle familiale".

La légitimité impériale est donc monolithique. Pas de débats stériles et éloignés à des milliards de kilomètres des préoccupations des français. Il y a un Prince, le prétendant, et si les français choisissent la solution dynastique, il occupera le trône. La chose est claire également.

Sur un plan plus "idéologique", le message porté par le monarchisme napoléonien est un message de modernité et de progrès. A l'égard du passé, du présent comme de l'avenir, c'est un message de rassemblement et de réconciliation. Le bonapartisme renvoie dos-à-dos à la fois les républicains dogmatiques qui pensent que notre pays est né en 1792 et les royalistes obscurantistes qui pensent que tout ce qui est arrivé à notre Nation depuis 1789 est oeuvre démoniaque.

A l'imitation de Napoléon Bonaparte, de Vercingétorix à la République, nous assumons tout (l'Empereur disait : "De Clovis au Comité de Salut public, j'assume tout !"). L'Histoire de France, c'est l'Histoire de France. On ne peut avoir un rapport béat à l'Histoire, et surtout pas un rapport idéologique et dogmatique. Enlevez un élément de notre Histoire et la France n'est plus ce qu'elle est aujourd'hui. Le passé ne pouvant se changer, il faut l'accepter. Nos Rois eurent leurs grandeurs mais aussi leurs faiblesses. De même de notre Révolution. De même de nos Républiques. Et de même de nos Empereurs !

Il faut accepter la Révolution de 1789 - 1799, ses grandes avancées (les Droits de l'Homme), ses moments épiques, ses instants d'anthologie, sans pour autant l'absoudre de ses erreurs, et même, disons-le, de ses crimes : la Terreur est une période sombre qu'il faut condamner vigoureusement. L'exécution de Louis XVI était un acte maladroit, voire aberrant, contre-productif et dénué de toute humanité. Quant au procès et à l'assassinat de Marie-Antoinette, chaque seconde de cette immonde mascarade fut criminelle.

Le Prince Napoléon est l'héritier dynastique de nos empereurs, chefs d'Etat admirables, mais aussi l'héritier historique et symbolique de toute l'Histoire de France. Il est le véritable héritier de notre passé, une force pour notre présent et un espoir pour notre avenir. Il est l'héritier de nos Empereurs, de nos Rois et de nos Républiques, authentique Fils de France.

Ce qui doit nous mobiliser, c'est bien sûr la fidélité à cette Histoire qui a fait la grandeur de notre Nation, sans exclusive ni anathème, mais aussi (et peut-être "surtout") la prise en compte du présent pour faire de la monarchie un modèle d'avenir et non de réaction. Tout comme nous acceptons ce que la France fut, nous acceptons ce qu'elle est aujourd'hui afin que demain elle soit idéalement ce que nous voulons qu'elle devienne : une Grande Nation moderne, démocratique, généreuse fondée sur un peuple souverain et réconcilié.

La monarchie impériale de demain ne sera pas restauration d'un modèle passé mais instauration d'institutions nouvelles. Si demain les français choisissent la monarchie, notre empereur ne portera pas le titre irréel de "Napoléon VII", ni même de "Napoléon V". Contrairement aux prétendants royalistes qui se rêvent "Henri VII" ou "Jean IV" alors que l'Histoire nationale s'est interrompue à Henri V et Jean II, demain, le prince Jean-Christophe régnerait sous le titre de Napoléon IV Jean.

Sous le règne de l'empereur Napoléon IV, aucune noblesse ne sera rétablie. En dehors des titres de la famille impériale, aucun titre n'aura de reconnaissance publique. Evidemment, aucune forme de privilège, y compris pour la famille impériale : la famille régnante percevra une aide de l'Etat, rigoureusement contrôlée, mais en dehors du monarque et de l'héritier, on encouragera les princes à travailler, nécessité absolue pour les collatéraux plus éloignés. La famille impériale toute entière paiera des impôts, et les prédicats, titres et préséances seront humbles et encadrées.

Aujourd'hui, déjà, si le Prince veut marquer par un acte d'éclat son entrée dans le jeu des prétendants authentiques, il peut réformer le Statut de la Famille impériale, assouplir les dispositions trop archaïques (encadrant le mariage ou l'éducation des princes notamment), encadrer la nature et la transmission du nom de famille, le régime général des consorts, etc. Mais il peut surtout, par un acte souverain et unique, abolir dès aujourd'hui la loi salique afin que son futur premier enfant, qu'il soit un garçon ou une fille, devienne, à coup sûr, le prochain chef de famille.

Notre drapeau resterait le drapeau tricolore, notre fête nationale le 14 juillet, et notre hymne la Marseillaise. La fête nationale et l'hymne pouvant être réinvestis de dimensions nouvelles : légère réorchestration de la Marseillaise, réflexion sur ses paroles, mise en place d'un hymne dynastique, proclamation de l'Empire le 14 juillet et fête populaire à la date anniversaire de l'intronisation du chef de l'Etat.

Modèle d'une institution où cohabitent les héritages républicains et monarchiques. Modèle d'une institution authentiquement fidèle au passé, au présent et à l'avenir de la France.

Bien sûr, l'élévation du devoir de neutralité du chef de l'Etat à un rang quasi sacral sera primordiale. Une institution semi-privée, le Conseil de la Couronne, serait instituée afin d'aider et d'accompagner le monarque dans ses décisions, ses discours et sa communication. Le prince héritier recevrait une éducation exemplaire et exigeante afin de faire de lui un grand monarque.

Enfin, la religion ne prendrait aucune place illégitime. L'empereur ne serait pas sacré mais intronisé lors d'une cérémonie laïque dans un lieu laïc (le Grand Palais par exemple), sans pour autant ne pas pouvoir ensuite, dans la même journée, organiser des cérémonies chrétiennes, juives et musulmanes pour "bénir" ce nouveau règne, le monarque assistant naturellement à la cérémonie chrétienne (chrétienne, c'est-à-dire oecuménique, et non catholique). La religion catholique reprendrait sa place naturelle lors des baptêmes, mariages et funérailles des membres de la famille impériale, tout en laissant une place réelle à des moments civils et laïcs.

Le message essentiel à retenir de ce (très) long article c'est un appel à ce que les monarchistes se réunissent autour du seul espoir crédible, celui porté par le Prince Napoléon, mais aussi à ce qu'ils abandonnent des thématiques trop sociales et trop sociétales afin de se concentrer sur la force et le coeur de leur credo : le domaine institutionnel. Avant tout, la monarchie est une rénovation institutionnelle et de la Nation et du Peuple (et même, au-delà, de l'Europe), afin d'affranchir la démocratie de ses faiblesses congénitales.

Le mot d'ordre de Charles Maurras était "Politique d'abord !". On sait où cela a mené le royalisme. Aujourd'hui, les derniers royalistes semblent dire "Dieu d'abord !". Cela, nous ne pouvons l'accepter. Notre véritable mot d'ordre devrait être "France d'abord !". Une France ouverte et réconciliée, démocratique et moderne, régénérée par l'institution monarchique.

Tel est le projet du bonapartisme dynastique.

PS : pour aller plus loin, vous pouvez découvrir les autres articles consacrés (plus ou moins) à la question de la monarchie impériale et à ses répercussions multiples :
- Introduction au bonapartisme dynastique ;
- Présentation du Prince ;
- Présentation de la Famille impériale ;
- De la crédibilité de l'alternative monarchique ;
L'option dynastique ;
Les propositions institutionnelles de Renouveau Bonapartiste ;
L'Empire et l'Europe ;
- L'avenir monarchique des Nations européennes ;
- Les propositions européennes de Renouveau Bonapartiste.

1 commentaire:

  1. Je partage nombre de vos analyses ici développées. Néo-monarchiste en pleine réflexion, j'estime que les Bourbons d'Espagne ne représentent plus une option souhaitable vu leur éloignement culturel avec la société française. Les Orléans non plus, de part le régicide et la captation de pouvoir de 1830. Sans compter pour l'une et l'autre famille leur affichage religieux continuel et leur attachement au concept de monarchie "à l'anglaise" ou "à l'espagnole"; celui ci me paraissant inadéquat (voire dangereux) dans la situation actuelle du pays. La meilleure solution m'apparait actuellement être une restauration impériale qui serait la quintessence de notre esprit républicain. Seule une solution nationale portée par un homme ou une femme motivé(e) et intransigeant(e) sur les principes moraux pourrait sortir le pays de l'ornière. Reste que pour moi la priorité devrait être une réflexion autour de notre Constitution pour une telle restauration (simple toilettage de la Vème ou remise à plat complète? abandon de la Loi Salique, redécoupage territorial, nouvelles relations avec l'outremer...). Au final, je ne suis pas encore un bonapartiste convaincu, car même si je dois reconnaitre à l'héritier actuelle du charisme et une retenue bienvenus, il me semble avoir lu qu'il travaille ( ou travaillait) pour une grande banque internationale ( comme le prétendant Bourbon ou le prétendant Orléans l'ont fait ou le font encore m'objecterez-vous); et ça j'avoue que dans ma conception des choses pour quelqu'un qui devrait être le premier serviteur de la Nation, ça me bloque un peu...

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