27 décembre 2012

Affaire Depardieu : un problème d'identité et d'intégration


La polémique n'en finit pas de s'éterniser, chaque jour nous apportant son lot de soutiens, critiques, contre-soutiens ou contre-critiques. D'un côté, l'opposition est trop contente, après un mois de crise interne hallucinante, de pouvoir taper sur le gouvernement ; de l'autre, le gouvernement est trop content de pouvoir taper sur les riches et, en filigrane, sur la Droite.

Ce n'est pas du côté de l'opposition que nous trouverons un avis éclairé, l'UMP hors du pouvoir étant encore plus outrancière et caricaturale que l'UMP au pouvoir. Ce n'est pas plus du côté du gouvernement que nous obtiendrons un avis mesuré : les propos de Jean-Marc Ayrault qualifiant l'exil de l'acteur de "minable" sont parfaitement ... minables.

Fort de la position non-idéologique et non-partisane du bonapartisme, cherchons ce qu'il y a véritablement derrière cette affaire, anecdote disproportionnée qui n'en cache pas moins de profondes leçons sur notre vie démocratique et les problèmes fondamentaux de la Nation.


La mécanique est bien huilée. Le peuple, s'il n'était pas endormi, pourrait s'agacer, en ces périodes de fêtes, devant le spectacle affligeant et stérile de notre vie politique. En effet, quel intérêt avons-nous à entendre sans cesse répétés les même éléments de langage, si peu argumentés, si peu justifiés ? Ne devrait-on pas chercher ce que l'affaire Depardieu dit du pays dans lequel nous vivons, plutôt que de nous acharner sur une anecdote sans grand intérêt ? (ou en tout cas qui ne mérite pas plus de tapage que l'exil de la première fortune, Bernard Arnault)

Quand elle était aux responsabilités, la Droite sarkozyste caricaturait et stigmatisait, jour après jour, dans un lepénisme tiède, les étrangers, les musulmans et les roms. La Droite criait à une incompatibilité culturelle, à une adaptation inévitable des immigrants qui fleurait bon le nivellement. La Gauche, elle, tentait d'expliquer ces problèmes en attaquant les politiques du gouvernement.

Aujourd'hui, la Gauche sociale-démocrate caricature et stigmatise, jour après jour, que ce soit à travers l'affaire Depardieu ou les effets de manche du matamore Montebourg, dans un mélenchonisme très tiède, une nouvelle catégorie sociale : les riches, accusés de trahir le pays auquel ils devraient tout. La Droite, elle, tente d'expliquer ces problèmes en attaquant les politiques du gouvernement.

Les acteurs changent, les répliques aussi, mais l'idée générale de cette farce bouffonne demeure : le gouvernement stigmatise, monte en épingle une affaire qui ne mérite pas une telle attention, généralise, caricature, et désigne un bouc-émissaire commode. Tandis que l'opposition, trop contente de voir le pouvoir affaibli, attaque plus le camp adverse qu'elle ne s'attaque au fond du problème.

Que nous disent ces processus systématiques de stigmatisation d'un groupe d'individus par les gouvernements en exercice ?

Quel est le point commun entre la burqa et l'exil d'Obélix ? Peut-être serez vous étonnés, mais il y a là un point commun : un problème d'intégration. Plus exactement, un problème de désintégration de l'unité patriotique et de la solidarité nationale. Un musulman qui vient en France sans s'adapter et sans chercher à s'intégrer via les mécanismes civiques réguliers pose exactement les mêmes problèmes qu'un riche qui fuit la France parce qu'il est en désaccord avec le gouvernement, sans s'adapter et sans chercher à s'intégrer via les mécanismes civiques réguliers. Ces deux "affaires" sont les deux visages d'un même problème : la France ne parvient plus à former efficacement une communauté nationale solidaire.

Que ce soit à travers ceux qui viennent sans vouloir devenir français ou à travers ceux qui partent avec le désir de ne plus l'être, la question fondamentale que personne ne se pose est celle du "être et devenir français". La question de la citoyenneté, de l'appartenance civique, de l'unité nationale et de la solidarité patriotique ; une question qui doit se poser à chacun d'entre nous, et non pas seulement à ceux qui viennent en France. A travers l'affaire Depardieu on voit bien que tous les droits, du sol ou du sang, ne suffisent pas à forger un citoyen français.

Les débats sur la burqa et sur l'exil fiscal de Depardieu sont de même nature : ils posent tous deux le problème des dysfonctionnements profonds de la solidarité nationale et citoyenne.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire