26 juin 2012

Halte à la désinformation, le cumul des pouvoirs n'est pas une première

Ces temps-ci, on entend à loisir les éléments de langage de la Droite défaite, successivement à la Présidentielle et aux Législatives, qui s'émeut du fait que le Parti Socialiste détienne l'ensemble des pouvoirs : Présidence, Assemblée, Sénat, Collectivités locales, etc. Une émotion bien hypocrite quand on considère la réalité des faits.

Evidemment, la coloration monochrome des pouvoirs n'abolit pas leur séparation, chère à Montesquieu. Mais, surtout, l'affirmation relayée par les organismes et les militants de Droite est un mensonge vis-à-vis de l'Histoire récente de notre Nation.

Pour la première fois en France, la Gauche, et le Parti Socialiste notamment, détient l'ensemble des leviers politiques de la République. Ceci est vrai, jamais auparavant ce ne fut le cas, mais il est faux, et gravement malhonnête, d'affirmer qu'il s'agit là d'une menace. Surtout venant des rangs de la Droite. Petite rétrospective historique.

De 1958 à 1981, soit pendant 23 ans (durée conséquente s'il en est !), la Droite a détenu l'ensemble des leviers politiques : Présidence, Assemblée nationale, Sénat. Mais aussi Collectivités locales : sur 99 conseils généraux, 59 étaient de Droite en 1970, 64 en 1973, 57 en 1976 et 52 en 1979.

Avec la défaite de Valéry Giscard d'Estaing en 1981, et l'accession de François Mitterrand à la présidence de la République, suivie de la victoire législative cohérente du Parti Socialiste, la Gauche rafle la Chambre basse et la Présidence. Mais le Sénat reste à Droite, et les collectivités locales également : 63 conseils généraux de Droite en 1982, 70 en 1985.

En 1986, la Droite reprend le contrôle de l'Assemblée : seule la Présidence demeure à Gauche. Nous sommes dans une situation de quasi contrôle absolu rétabli de la Droite sur les institutions, le président François Mitterrand étant neutralisé par la logique de la cohabitation ; de surcroît, 1986 voit aussi l'élection des premiers conseils régionaux : 20 sur 22 sont obtenues par la Droite. 1988, et la réélection de François Mitterrand ramène au statu quo ante de 1981, avec une Présidence et une Assemblée à Gauche mais un Sénat et des Collectivités (départements + régions) à Droite.

On oublie trop souvent que la Droite garda longtemps le contrôle des collectivités territoriales, aveuglés que sont les commentateurs par l'actualité brûlante, incapables qu'ils sont de voir plus loin qu'une décennie (incompétence funeste).

Ainsi, en 1993, avec la deuxième cohabitation, la Droite retrouve la quasi plénitude du contrôle institutionnel : l'Assemblée (avec la plus forte majorité de Droite de l'Histoire), le Sénat, les Départements (76 puis 75 sur 99, un record !) et les Régions (20 sur 22). Avec l'élection de Jacques Chirac, en 1995, de nouveau, la Droite retrouve ce qu'elle avait perdue en 1981 : la Présidence. Et elle parachève ainsi son contrôle absolu sur les institutions, une situation entièrement comparable à celle d'aujourd'hui. Avec des différences : la majorité socialiste est aujourd'hui nettement moins forte, et le PS ne contrôle que 61 départements, et non 75. De plus, à l'époque, la Droite ne se plaignait pas ...

Ah, que l'opinion de nos politiciens est changeante.

Quid de la troisième cohabitation ? Certes, la Gauche gouvernait, mais elle était loin, très loin, d'un contrôle absolu des institutions ; elle se trouvait en réalité dans une situation moins bonne que dans les périodes 1981 - 1986 et 1988 - 1993, mais meilleure que lors des précédentes cohabitations où elle ne détenait que la Présidence. Entre 1997 et 2002, sous le gouvernement de Lionel Jospin, la Gauche ne contrôle que l'Assemblée. La Droite conserve la Présidence, le Sénat, les Départements (63 en 1998, 59 en 2001 sur 99) et les Régions (14 sur 22 après les régionales de 1998).

La réélection de Jacques Chirac en 2002 rétablit le contrôle absolu des périodes 1958 - 1981 et 1995 - 1997. Il faut attendre 2004, et un raz de marée socialiste aux élections locales pour qu'un "contre-pouvoir" de Gauche se dessine dans les collectivités (20 régions sur 22, et courte majorité dans les départements avec 50 sur 99). Perdant les élections présidentielles et législatives de 2007, ainsi que les sénatoriales de 2008, la Gauche renforce sa présence locale aux cantonales de 2008 (57 départements sur 99) et 2011 (61 départements sur 99), et surtout aux triomphales régionales de 2010 (23 régions sur 24). En 2011, le Sénat, après 53 ans d'appartenance à la Droite, tombe à Gauche. Suit la Présidence avec l'élection de François Hollande en mai 2012, puis l'Assemblée avec la majorité absolue donnée au Parti Socialiste en juin suivant.

Sur une vie politique de 54 ans ...
  • la Droite a détenu tous les pouvoirs de 1958 à 1981, de 1995 à 1997 et de 2002 à 2004, soit un total de 27 ans ;
  • la Droite a détenu presque tous les pouvoirs de 1986 à 1988 et de 1993 à 1995, soit 4 ans ;
  • la Gauche a détenu la Présidence et l'Assemblée de 1981 à 1986 et de 1988 à 1993, soit 10 ans ;
  • la Gauche a détenu l'Assemblée de 1997 à 2002, soit 5 ans.
A cela il faut ajouter la remarque suivante, peut-être la plus importante : la Droite a détenu les collectivités locales (départements et régions) jusqu'en 2004. Au total, la Gauche aura exercé 15 ans de pouvoir sur la France, et la Droite 39, dont 27 années de contrôle absolu des institutions. A deux reprises, au début des deux mandats de François Mitterrand (1981 - 1986 et 1988 - 1993) la Droite s'est retrouvée dans une situation presque comparable à celle de la Gauche entre 2004 et 2012 ; une situation presque comparable car la Droite avait, de plus, le Sénat.

Faisons les comptes.
A Droite, 27 années de contrôle absolu (avec, de plus, 46 ans de contrôle des collectivités locales et 53 ans de contrôle du Sénat).
A Gauche, à dater de ce jour, 26 juin, date de la première réunion de la nouvelle Assemblée, moins de 24h de contrôle absolu.

La Droite se moquerait-elle de nous en jouant les vierges effarouchées ? Oserait-elle ?...

NB : il faut ajouter à tout cela le fait que la Gauche ne dispose pas de la majorité des 2/3 au Congrès nécessaire à la modification de la Constitution, pouvoir que la Droite a souvent détenu et utilisé : peut-on alors vraiment parler de "pouvoir absolu" ? 

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