1 juin 2012

Anniversaire de la mort du Prince Impérial

Essai de pièce de monnaie à l'effigie de Napoléon IV (1874)

Après quelques semaines d'absence imposée par quelques nécessités de l'agenda, Renouveau Bonapartiste reprend son activité ; dans les prochains jours, nous suivrons ainsi les premiers pas du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, ou encore le déroulement des élections législatives, mais il s'agira aussi d'esquisser quelques réflexions sur ce qui définit le bonapartisme lui-même (la question dynastique notamment).

Mais avant cela, en ce jour, il est nécessaire d'avoir une pensée pour le dernier Prince impérial de France, mort il y a 133 ans, le 1er juin 1879 : Son Altesse impériale le prince Napoléon Eugène (Louis Jean Joseph Bonaparte), de jure Napoléon IV.

Le Prince impérial est né le 16 mars 1856, alors que se tenait le congrès de Paris, négociant les modalités de la fin de la guerre de Crimée, apogée diplomatique du Second Empire. Napoléon III venait de réussir à redonner à la France sa place légitime dans le concert des Nations, et la providence donnait, à lui et à son épouse, l'impératrice Eugénie, un héritier. L'Empire naissait sous de bons auspices, tout comme ce jeune prince, successeur désigné de l'étincelante couronne des Napoléon.


Son baptême, le 14 juin suivant, à Notre-Dame de Paris, fut, selon les propres mots de son père, un véritable sacre. Son parrain est le pape Pie IX et sa marraine la reine de Suède, Joséphine de Beauharnais, la fille d'Eugène, d'où son nom complet : Napoléon Eugène (pour sa mère Eugénie) Louis (pour son père Louis-Napoléon) Jean (pour son parrain Giovanni) Joseph (pour sa marraine Joséphine). Son prénom usuel sera Louis, et son surnom Loulou.

Les quatorze premières années de sa vie sont celles de l'héritier de l'un des trônes les plus glorieux de toute l'Histoire.

Sentant sa fin proche, Napoléon III, rongé par la maladie (de la pierre), envisage, dès la fin des années 1860, d'abdiquer à la majorité de son fils pour laisser celui-ci régner, offrant ainsi à la France un visage neuf et jeune, une fois l'oeuvre du vieil Empereur achevée. L'échéance est fixée au 16 mars 1874.

Mais à l'été 1870, l'orage éclate, et le Prince impérial accompagne son père sur le front où, sous les coups de la Prusse de Bismarck, l'Empire s'écroule, quatre mois après avoir été porté en triomphe, le 8 mai précédent, par un plébiscite sans équivoque. Peu avant Sedan, le Prince se sépare de son père, le 27 août ; après l'effondrement final du 1er septembre, et la proclamation de la République le 4, il se réfugie en Belgique, puis passe en Angleterre, où il est enfin rejoint par sa mère le 8. Napoléon III, après une captivité au château de Wilhelmshöhe, arrive en Angleterre en mars 1871.

Commence alors pour cette famille foudroyée mais enfin rassemblée une vie bourgeoise. Désireux d'agir et de ne pas devenir dans l'exil un prince fainéant, le Prince impérial intègre l'académie militaire royale de Woolwich en novembre 1872 ; il en sortira en février 1875. Entre temps, il sera devenu l'incarnation de la cause impériale, et l'empereur des français de jure, suite à la mort de son père, le 9 janvier 1873, à 9h45, des suites d'une lourde opération destinée à le guérir de sa maladie pour lui permettre de prendre la tête de la reconquête bonapartiste. Prétendant et "empereur", il ne le deviendra véritablement qu'au terme de la régence théorique de sa mère, le 16 mars 1874, lors de sa majorité, fêtée au milieu de ses partisans.

Le Prince impérial hérite d'un "parti" bonapartiste affaibli par Sedan et la mort de Napoléon III, ainsi que par ses divisions internes entre bonapartistes autoritaires (Rouher), conservateurs (Cassagnac), libéraux (Ollivier), sociaux (Plon-Plon), etc. Mais le bonapartisme n'a pas dit son dernier mot : ses adversaires trembleront en découvrant qu'on n'enterre pas ainsi une idée qui avait pu rassembler 82,69% des suffrages le 8 mai 1870. Aux élections législatives de 1875, le bonapartisme passera de 2% à 14%, pour finir par obtenir en 1877, lors des élections prenant place dans la crise du 16-Mai, près de 20% des sièges de l'assemblée (104).

Mais la République s'enracine, et 1877, apogée du vote bonapartiste, est aussi l'année de la victoire définitive des républicains sur la Droite monarchiste du président Mac-Mahon dont la démission, en janvier 1879, consacre le triomphe républicain.

Face à ce constat, le Prince impérial, chef incontesté du bonapartisme, prône "l'abstention" et la patience. Il prend progressivement le contrôle des feuilles bonapartistes et centralise l'édification d'une "idéologie" commune pouvant rassembler toutes les tendances internes puis tous les français. Pour lui, il s'agit de construire méthodiquement sa pensée, dans l'héritage assumé de son père, l'Empereur social Napoléon III, et de ne pas échouer par précipitation. Il tient également à montrer qu'il n'est pas un homme passif, qu'il n'est pas un prince mondain, mais bien le digne héritier de Napoléon Ier.

C'est dans cette logique, pour prouver sa valeur, qu'il s'engage au début de l'année 1879 dans l'armée britannique combattant les Zoulous dans l'actuelle Afrique du Sud ; après le refus du gouvernement, il demande à sa mère d'insister auprès de la reine Victoria, qui finit par lui obtenir le droit d'accompagner l'expédition en "observateur". Toutes les dispositions sont prises pour que le Prince ne soit pas exposé : tout au long de sa campagne, chaque officier l'ayant sous ses ordres sera chargé d'une mission principale : surveiller l'héritier de la couronne impériale. Déçu par son rôle d'observateur à l'Etat-Major, désireux d'être un soldat comme un autre, il s'active pour obtenir des missions et parvient à intégrer des troupes de reconnaissance.

Lors d'une mission, le 1er juin 1879, peu avant 16h, arrêté pour des relevés topographiques, confiés au Prince, son groupe tombe dans une embuscade. Les soldats anglais s'enfuient, suivis par l'empereur de jure qui saisit son cheval au galop, manoeuvre dans laquelle il excelle. Mais les sangles usées de sa selle ne résistent pas, et il tombe à terre, se brisant le poignet. Alors que deux soldats anglais sont déjà morts, sans se battre, il se relève et tire avec son revolver de la main gauche ; il évite une première sagaie, mais ne peut éviter la deuxième, puis la troisième, et enfin la quatrième. Frappé à la poitrine, mais aussi à l'oeil, le dernier héritier des Bonaparte s'éteint. A l'autopsie, on relèvera dix-sept coups de sagaie sur son corps. Un corps laissé intact par les Zoulous, contrairement aux deux autres soldats, en raison de son courage dans un combat perdu d'avance. Ramené vers l'Angleterre, son cercueil, recouvert d'un drapeau français, recevra sur son passage les honneurs militaires dus à son rang comme à la bravoure dont il avait fait preuve, l'Union Jack s'abaissant devant le convoi. Dans sa mort, le Prince impérial aura une dernière fois fait honneur au drapeau de sa patrie.

Le 19 juin, la nouvelle parvint en Angleterre, où le chambellan de la reine Victoria eut la douloureuse mission d'annoncer la tragédie à l'impératrice, dont le chagrin inconsolable ne cessera que 41 ans plus tard, avec sa propre mort ... Enterré aux côtés de son père dans l'église de Chislehurst, il est transféré en 1888 dans l'abbaye Saint-Michel de Farnborough, spécialement construite par Eugénie pour l'accueillir, elle, son mari et son fils. Le Prince y repose encore aujourd'hui.

La mort du Prince impérial souleva une grande vague de tristesse en France, et, politiquement, les républicains furent soulagés d'avoir perdu leur plus dangereux adversaire. Privé d'un chef incontesté, sage et audacieux, le bonapartisme ne devait plus que connaître déclin et décadence, se transformant au fil des ans en ultra-conservatisme monarchiste tristement banal.

Le 1er juin 1879 signait ainsi autant la mort du fils de Napoléon III que la disparition de ses idées généreuses et puissantes du coeur de ceux qui se désigneront dès lors comme "bonapartistes". Le destin tenant à peu de choses, la vie du Prince impérial aura tenu à une selle usagée se brisant sous un effort trop exigeant. Mais pourquoi un prince de la famille impériale avait-il avec lui une selle usagée ?

Simplement car il ne s'agissait pas de la sienne, mais de celle d'un homme dont il voulait racheter la mémoire et réhabiliter la grandeur d'âme. Il s'agissait de la vieille selle que l'Empereur Napoléon III avait utilisé à Sedan.

Les Bonaparte meurent comme ils vivent : avec grandeur et fidélité.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire